« Un espace immense dont Dieu s’est retiré. Une présence comme un parfum d’encens dans une mémoire vide. Tout est calme, tout est loin, tout est absence. Ce qui nous sépare de ce qui manque, de ce qui manquera toujours, de ce qui doit manquer, c’est exactement l’espace que parcourent les anges. Les anges sont miroirs « qui renvoient la beauté dispersée au visage », ils sont « crêtes d’aubes de toute création », ils sont « boucliers de ravissements », mais ils ne sont pas messagers. Ils n’apportent ni réconfort, ni promesse, ni protection. Ils mesurent la profondeur de ce manque que nous devons transformer en nous. S’ils avaient une mission ce serait celle-là. Aider par leur présence diaphane à convertir la douleur en plénitude, le visible en invisible. Ne plus chercher la mer en allée, la mer au loin, ne plus la chercher ailleurs qu’en soi. Introduire la réconciliation d’un monde qui cherche et d’un monde cherché. Célébrer l’enfance née de ces noces. Faire de l’attente une patrie. La seule. » Introduction de Jean-Philippe de Tonnac dans « Célèbre la terre pour l’ange, Anthologie » - Rainer Maria Rilke. 

 

Je suis partie de la figure de l’Ange, imaginant leur monde et ce qu’ils diraient de nous. Je suis partie de Nous, imaginant que nous étions nos propres anges. Je veux écrire sur la perte, sur la perception que nous en avons, écrire sur la famille, ces modèles dont il nous est si difficile de nous affranchir pour devenir « soi », un être à part entière mis au monde, avec ses propres désirs et aspirations. Il est parfois bon de naître, encore une fois, pour vivre. Je veux me servir du théâtre et lui rendre hommage, le tâcher de souvenirs et de rêves, bousculer ses réalités, jusqu’à en mélanger les contours, que le rêve devienne le présent du plateau et le plateau le rêve d'un présent, que nous nous perdions à rêver la réalité.            

Où sont nos anges? Qui sont-ils ? Qui reste quand je me perds? Qu’ai-je besoin de perdre pour me retrouver? Des être en mal de vivre, coincés dans une douleur qui s’acharne sur leur âmes avec la violence du ressac. Ils sont Ceux qui ont été remarqués sur le seuil de leur vie naissante. Alors le temps est venu pour eux d’ouvrir les yeux, de battre des ailes et de rêver fort jusqu’à en faire tomber les murs et en oublier le reste pour se souvenir de l’essentiel. 

Restera l’écume d’un temps et la promesse d’un autre.